La première crise d’angoisse de Pierre

« La première est survenue pendant que j’étais penché en avant pour désherber le jardin. Ma poitrine s’est serrée et mon coeur s’est mis à battre si violemment que j’ai cru que j’avais une crise cardiaque. Tout semblait irréel, les fleurs avaient des couleurs trop vives, une tondeuse à gazon à plusieurs maisons de distance faisait un bruit assourdissant. J’étais terrifié, je transpirais à grosses gouttes, j’avais l’impression que mes bras et mes jambes ne m’appartenaient plus. Je me suis forcé à marcher un peu et les sensations se sont atténuées, mais j’étais encore très ébranlé. Ma femme m’a dit ensuite que j’avais le teint gris pâle. Elle m’a fait boire une tisane sucrée qui, semble-t-il, a fait sortir une grande quantité de gaz de mon estomac.
La deuxième crise d’angoisse est arrivée quelques semaines plus tard, pendant que je nettoyais l’intérieur de la voiture. Cette fois, j’étais persuadé d’avoir un problème cardiaque et j’ai appelé le médecin de garde. Il m’a dit que c’était seulement de l’anxiété et m’a suggéré de prendre un bain chaud, de la menthe pour les gaz, et de me coucher tôt. Il avait vraiment l’air de prendre ça à la légère, ce qui m’a beaucoup contrarié. J’étais loin d’être convaincu que je n’avais rien de grave.
Le lendemain, j’ai vu mon médecin habituel. Lui aussi a confirmé que je n’avais aucun problème physique, et il a commencé à me poser des questions sur ma façon de vivre. Je dois admettre que j’ai été contrarié là aussi, mais, quand il m’a expliqué, j’ai commencé à comprendre ce qui s’était passé : à chaque fois, j’avais mangé beaucoup et en vitesse, avant de travailler dans une position courbée. J’ai dû admettre aussi que j’avais fait trop d’heures supplémentaires et que je manquais de sommeil depuis la naissance du bébé. C’est difficile de s’entendre dire qu’il faut travailler moins quand on n’a que 40 ans. »

D’après les symptômes de Pierre, on peut supposer que des gaz en excès dans l’estomac ont comprimé ses poumons, déclenchant une hyperventilation et par suite une crise de panique. Étant donné la façon dont il se surmenait, il est probable qu’il hyperventilait plus ou moins depuis quelque temps sans s’en apercevoir, et que ce déclencheur supplémentaire a suffi à provoquer des symptômes sérieux…

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