Le cercle vicieux de la crise d’angoisse au supermarché

La stratégie de la personne qui souffre de crises d’angoisses est très simple. Pour ne pas risquer de vivre une nouvelle expérience désagréable dans un supermarché, il suffit de ne plus pénétrer dans les supermarchés. Dans un premier temps, la stratégie paraît bonne, pour ne pas dire excellente, car, depuis qu’elle n’entre plus dans aucun supermarché, les malaises dans les supermarchés ont totalement disparu !
En somme, moins elle va dans les supermarchés, moins elle a de malaises dans les supermarchés, et donc plus elle se sent justifiée à les éviter. Mais plus elle évite d’aller dans les supermarchés, et plus les supermarchés lui font peur ! Cette mécanique perverse va donc fortement encourager notre personne à soigneusement éviter tous les lieux où elle aura vécu des expériences désagréables, puis tous les lieux où elle imagine qu’elle pourrait vivre des expériences désagréables. A partir de là, se produit ce qu’on appelle une généralisation des phobies : ce ne sont pas seulement les supermarchés qui deviennent inquiétants, mais tout ce qui y ressemble de près ou de loin. Il y a, d’un côté, la douceur et la sécurité du foyer, la présence réconfortante d’êtres et d’objets rassurants, et, de l’autre, le monde dur et inhospitalier. Après tout, si l’on reste tranquillement chez soi, il ne peut rien vous arriver au-dehors. N’est-ce pas l’évidence ? Mais le comportement d’évitement va, en fait, beaucoup plus loin que la simple prudence qui consiste à ne pas renouveler des expériences désagréables. Dans ce domaine, comme bien d’autres, l’imagination est reine : lorsque la personbne qui souffre de crise d’angoisse s’imagine dans un supermarché, elle ressent la même peur, presque aussi intense (peut-être même plus intense, en fait) que si elle s’y trouvait vraiment. Car, très rapidement, elle se voit en train de défaillir, d’avoir le malaise qu’elle redoute tant. Elle en imagine les horribles péripéties, les enjolive, les charge d’angoisse : elle est là qui étouffe, qui agonise au beau milieu de la foule hostile, indifférente. La tactique d’évitement, qui consiste à refuser la confrontation avec ce que l’on craint, n’est pas seulement efficace dans la réalité concrète, mais s’avère tout aussi praticable en imagination : pour ne pas s’angoisser à propos de malaises dans les supermarchés, il suffit de ne plus penser aux supermarchés, d’évacuer totalement la vision des supermarchés de son esprit. Très rapidement, le phobique en vient donc à ne plus pouvoir supporter la simple pensée de certaines situations ou de certains objets. Il fuira donc tout ce qui peut les rappeler à son souvenir, d’une manière ou d’une autre.
Du fait de l’évitement d’un nombre toujours plus grand de situations, la vie devient alors de plus en plus compliquée : comment rouler en voiture quand on ne peut plus passer sur un pont ou emprunter un tunnel ? Comment se déplacer dans Paris sans risquer de se trouver englué à un moment ou à un autre dans un embouteillage et si, de surcroît, on ne supporte pas l’idée de prendre le métro ou l’autobus ? Comment aller à son travail sans traverser la rue ? L’agoraphobe risque, s’il n’y prend garde, de devenir très rapidement prisonnier de son propre appartement !

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